Christiane Duteurtre, présidente du comité de l’Aube de handball : « S’il y avait une entente, on jouerait plus haut qu’en N1 chez les filles »
Lecture zen La présidente du comité, fière d’avoir pu accueillir à Troyes le sélectionneur de l’équipe de France féminine, Sébastien Gardillou Christiane Duteurtre, vous parliez d’une certaine anxiété lorsque vous avez accepté la fonction. Un an après, comment vous sentez-vous dans l’habit de présidente du comité de l’Aube de handball ? Ça va mieux, il n’y a plus cette anxiété. En fait, je suis co-présidente du club de Romilly et trésorière à la Ligue. On est mis une fois par an devant les feux de la rampe, lors de l’assemblée générale, et ça, je ne l’avais pas bien vécu. J’avais peur d’avoir cette même préoccupation en prenant la tête du comité. En fait, non, tout au long de l’année, on échange, les gens ont des informations. On est davantage sur un rôle de cohésion, d’accompagnement, et ça me plaît bien. Ce qui doit moins vous plaire, ce sont les comptes qui laissent apparaître un déficit de presque 7000€ sur la saison écoulée... C’est la première fois qu’on est sur un résultat négatif, ce n’est pas bon signe. On a un peu de réserve, à peu près 18000 €, ce n’est pas énorme non plus, il faut faire attention. On doit arriver à travailler sur certains coûts, comme les transports, les stages, pour être plus précis dans nos décisions. Avec un objectif, ne pas faire supporter trop de charges supplémentaires aux licenciés et aux quinze clubs du département... Pas toujours, pas l’entièreté en effet. On a pris deux services civiques cette année, ça ne coûte pas grand-chose, par contre, ça nous permet de travailler sur la communication, sur le partenariat pour avancer. Par exemple, ils ont bien travaillé sur le projet fair-play avec France Gabella. Petite parenthèse : le budget de la Ligue a été retoqué la semaine d’avant. Pourquoi ? C’est un amalgame de beaucoup de choses. La masse salariale de la Ligue représente 50 % du budget, c’est énorme. L’an dernier, le budget a été voté, mais avec un engagement de faire des économies sur ce poste-là. Or, cette année, le budget est quasiment identique. La Ligue a dit, on verra les avancées en... 2027. Et puis il y a un autre point d’achoppement, ce sont les provisions pour litiges car la Ligue a deux Prud’hommes en cours qu’elle n’est pas sûre de gagner. Plus l’augmentation des licences, plus l’augmentation de certains tarifs... Si bien que le budget n’est pas passé. C’est un ras-le-bol, c’est pour ça qu’au comité je ne suis pas très à l’aise. Ceci dit, c’est la 5 e Ligue à avoir vu son budget retoqué. Il doit y avoir un malaise plus profond. Le comité compte deux salariés (France Gabella et Olivier Soupirot), vous ne pourriez pas aller au-delà... Non. Impossible. On est sur un budget serré de moins de 100 000 €, on est un petit comité. Un petit comité qui, sportivement, peut s’enorgueillir d’avoir deux équipes féminines en N1 la saison prochaine... C’est super, mais ça doit surtout tirer tout le monde. C’est un travail de tous les clubs ; ça doit inciter les jeunes à faire du hand. Ces deux montées doivent aussi nous pousser à plus et à mieux communiquer, je parle du comité, car les clubs, eux, communiquent bien sur les leurs réseaux sociaux. Certains licenciés, justement, ont été critiques sur l’organisation des dernières coupes de l’Aube... C’est vrai. Cette année, on a décidé de supprimer les super coupes, c’était lourd à gérer. Et on a validé que les clubs se rencontreraient avec des handicaps, mais les handicaps étaient très élevés. J’ai entendu ce que les gens ont dit, je pense qu’ils avaient raison en partie, mais c’était expérimental. En septembre, on va choisir une autre formule. Ceci dit, supprimer la super coupe féminine n’est pas un non-sens, puisque les deux principaux clubs féminins, à tour de rôle, n’y participent pas ou envoient une équipe bis... Ce n’est pas de leur faute. Les contrats des filles s’arrêtent, et donc la date de la super coupe n’est pas opportune... Les contrats s’arrêtent au 30 juin... Oui, mais elles ne s’entraînent plus... Et donc la période ne leur convient pas et je le comprends. Ne pourriez-vous pas avancer la date de cette super coupe ? On avait échangé à un moment pour la faire jouer avant la reprise du championnat, pour fédérer tout le monde. On a peut-être pris des décisions pas bien préparées. Là, on va prendre tous les avis et j’aimerais que tous les clubs soient là pour décider ensuite. Vous parliez de « fédérer ». Quel est votre avis sur cette guerre ouverte qui n’en finit pas entre les deux principaux clubs féminins, Sainte-Maure Troyes et Rosières-Saint-Julien ? Je serais un élu de l’agglomération troyenne, je ferais en sorte qu’on arrive à un consensus. S’il y avait une entente, on jouerait plus haut qu’en N1. Mais de cela, on en est extrêmement loin. À un moment, je ne veux pas mettre les gens dehors, mais en changeant des têtes, peut-être qu’on arriverait à quelque chose. Ceci dit, derrière, il y a aussi des enjeux municipaux. Et les « ententes » qui ont vu le jour ces dernières année n’ont pas été une réussite... Pas vraiment en effet, mais ce n’est pas propre à l’Aube. Souvent, on se met ensemble pour quelque chose mais pas pour vingt ans, le projet n’est pas toujours bien pensé. Sans les licences « événementiel », on est à 131 licences en moins par rapport à l’an dernier... On est en dessous de 2000 licences compétition, après une année olympique, ce n’est pas gênant de redescendre un peu. Je pense qu’en développant de nouvelles pratiques comme le beach, le loisir, on doit pouvoir à nouveau attirer des jeunes. Le problème, c’est que les jeunes sont moins passionnés, faire des déplacements en région, c’est loin... Lors de l’assemblée générale, vous avez évoqué « un point de crispation sur les sélections » et « un fonctionnement à revoir » concernant la section sport études du lycée Chrestien-de-Troyes. Pouvez-vous en dire plus ? En fait, quelques jeunes ont été refusés pour rentrer dans la section. Et le motif n’était pas toujours justifié. Un club a donc interpellé l’inspection académique, qui s’est renseignée sur les dossiers. Certains n’ont pas été pris par rapport à leur dossier scolaire ou par rapport à leur comportement. Par contre, il y en avait un qui aurait dû être accepté. On lui demandait de signer dans un club. S’il ne signait pas, on ne le prenait pas. C’était plus ou moins le discours officieux. À la suite de quoi l’inspection a dit qu’une section ne devait pas être gérée par un club mais par un comité ou la Ligue. Et si la section veut perdurer, il faut absolument qu’un des deux, le Comité ou la Ligue, devienne support. Moi, je ne veux pas qu’on ferme la section, il faut donc revoir son fonctionnement avec l’éducation nationale. Ceci dit, à la décharge de Rosières, c’est le club qui supporte les entraînements, en ne demandant rien aux familles. Et quand Rosières nous a sollicité il y a quelques années pour créer cette section, le Comité ne s’est pas positionné. Donc eux ont dit, on y va... Il faut juste redéfinir de nouvelles bases. Pour revenir à l’aspect purement sportif, il y a une vraie fracture entre le hand féminin qui se porte bien dans l’Aube et le hand masculin qui décline et n’aura plus de représentant la saison prochaine à l’échelon national... Comment l’expliquez-vous ? Je ne l’explique pas vraiment. Certains clubs font face à des trous générationnels. Est-ce que c’est le développement d’autres disciplines ? Parce que chez les filles, il n’y a pas non plus beaucoup de licenciées... C’est une vraie problématique. Et les clubs n’ont pas forcément les finances pour faire venir des joueurs de l’extérieur. Travailler sur les jeunes, c’est bien, mais il faut que les jeunes soient motivés. Ce n’est pas toujours le cas. J’ai quand même noté que les gamins qui jouent longtemps sont ceux qui ont commencé au bay-hand et ils ont accroché. Il faut les prendre en moins de 9 ans, il faut fédérer les parents. Si on rate ces catégories là, ça devient difficile. Bar-sur-Seine, par exemple, a du « baby » qui marche bien. Mis en ligne le 25/06/2026 à 06:30 Christiane Duteurtre, présidente du comité de l’Aube de handball : « S’il y avait une entente, on jouerait plus haut qu’en N1 chez les filles » Par Christophe Mallet Un an après sa prise de fonction à la présidence du comité de l’Aube de handball, Christiane Duteurtre, retraitée de 70 ans, fait le point sur la santé de la discipline dans un département où Sainte-Maure Troyes et Rosières-Saint-Julien servent de locomotive à la pratique féminine. Le hand masculin, en revanche, continue de décliner, et la relève se fait attendre.
June 25, 2026
christophe mallet